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05.08.2006
8. Jayl
Toi et moi.
L’histoire d’une vie. De la dualité faite unité.
Un jour je te demanderai peut-être pardon, de tout ce que je t’ai fait subir, de la liberté que je t’ai ravie, de la jeunesse dilapidée. Mais je n’ai pas encore assez de lumière en moi pour me sentir coupable. J’ai juste de quoi continuer à te torturer. Tu veux une cigarette ? T’es sûr ? Parce qu’au point où tu en es…
Ne me regarde pas comme ça, je sais ce que je t’ai fait, et ce que je te fais encore aujourd’hui. On est l’image même du vieux couple aigri, sauf qu’on l’a toujours été, vieux. Je ne t’ai jamais aimé, jamais comme tu l’aurais voulu. Je t’ai aimé par intermittence, par bouffées d’ébriété, jamais en étant sobre. Oui j’en ai désiré d’autres, la nuit, alors qu’on partageait le même lit, le même oreiller, les mêmes rêves parfois. J’en ai désiré à en trembler, à y croire. Des plus beaux, plus jeunes, plus vivants que l’épave que tu étais devenue par mes soins. Je t’oubliais, pendant des heures des fois, j’oubliais ton existence, je vivais mon désir d’un autre que toi à en frôler le bonheur. Et puis tu finissais toujours par me rappeler à toi, à ta présence lourde et poisseuse. Ma haine éclatait alors, je me munissais de l’unique arme que j’avais contre ton pouvoir et je l’utilisais à m’en oublier, à en oublier le temps, à ne plus savoir qui j’étais ni ce que je voulais, j’entrais en transe, et toi avec moi. Toi le masochiste absolu. Et puis j’ouvrais les yeux, et réalisais l’étendue des dégâts, des blessures inguérissables que tu entassais au fil des nuits, sans dire un mot, sans te plaindre. Tu aurais pu pourtant, me le faire regretter, amèrement. Tu aurais pu laisser la maladie s’installer, nous détruire. Tu aurais pu…mais c’est sans compter ton masochisme, finalement tu es peut être heureux avec moi, ton bourreau.
Parfois j’essayais de prendre soin de toi, de te chouchouter et te sourire, malgré mon dégoût profond, je ravalais mon envie de vomir. Mais la haine revenait toujours. Il n’est pas un jour où je ne t’ai pas haï, où je n’ai pas rêvé, impuissante, de te quitter. Je me délectais à t’imaginer sous un train, au fond de la mer, poignardé, empoisonné, sautant du haut d’un immeuble. Il n’est pas un jour où je n’ai pas intensément désiré te détruire, à défaut de pouvoir te quitter.
Je ne veux plus, je n’ai plus l’énergie du mal. S’il te plaît, fais un effort, pour la dernière fois, pour trouver enfin un semblant d’équilibre, toi et moi. Je n’en peux plus de cette guerre interminable et débile. Regarde-toi, tes cicatrices se multiplient et ta force te quitte. Je t’en supplie, aide moi à me rappeler que je n’ai que vingt trois, et rappelle toi que tu n’en as que vingt quatre. Nous sommes jeunes tu sais ? Daccord nous ne l’avons jamais été, mais on peut encore le devenir. J’ai soif de vie, je veux rire. Je ne sais même pas si tu t’en rappelles encore, du son de mon rire, mon vrai rire, celui que tu as décidé un jour d’effacer en même temps que mon enfance. Moi je m’en rappelle, laisse le revenir. Je ne t’aimerai pas tout de suite, mais aide-moi à t’aimer, et tu verras que mon amour nous guérira tous les deux. Main dans la main, tu veux bien ?
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