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18.06.2006

amanu


Lui : Mon infini

Je crois te parler et pourtant ce sont tes lèvres qui se meuvent, je te touche et ma peau renaît à la tienne. Qui es-tu ? Je peux te désirer, te posséder, laisser ma passion pour toi m’enivrer d’abîmes et de vie, mais je ne peux t’aimer sans te connaître.

 

Moi : Tu me connais. Le son de ma voix te berce jusqu’aux soubresauts du sommeil, je dors contre toi. Je n’existe pas en dehors de ça. Tu me connais.

 

Lui : Je veux plus. Il est des nuits où tu trembles contre moi malgré mon corps qui te couve. Je reste désemparé quand ton âme est glacée. Je veux pouvoir l’atteindre et la réchauffer dans mes mains, lui murmurer les mots rassurants de l’enfance. Ne pas pouvoir t’apaiser me détruit. Je veux pénétrer ton âme et la lire, la décomposer, la compter, l’analyser. Je veux apprendre par cœur ses lois et ses tourments sans cesse en mouvement, je veux pouvoir comprendre ton regard et tes soupirs, l’homme qui est en toi, tes silences aussi.

 

Moi : elle n’existe pas, mon âme est une légende. Et si je tremble contre toi c’est parce que mon amour s’agite pour surgir de mes poumons comme un cri qui explose. Pourquoi préfère-tu ce qui est caché à ce qui t’est déjà acquis ? Entre comprendre et vivre, choisis de vivre, de me vivre, toi mon Mo, mon compagnon de toujours. Mon âme n’existe pas, où alors je ne sais pas la trouver. Comment veux-tu connaître de moi ce que j’ignore ?

 

Lui : elle existe, je l’aperçois, même si tu l’as cachée. Elle ne me fait pas peur, elle est comme les villes antiques, regorgeant de merveilles et de crasse. Laisse moi y plonger les bras, et t’en ressortir. Laisse moi te voir, ne repousse pas l’absolu de mon amour.

 

            Alors j’ai fermé les yeux. J’ai senti ses mains glisser sous mon manteau pour m’en défaire. Ses mouvements étaient lents, il me déshabillait comme on joue du violon. j’étais émue aux larmes. Son souffle dans ma nuque accompagnait la chute de chaque vêtement. Mon pull d’abord, j’ai levé les bras pour l’aider. Puis ma jupe, mes dessous, mes collants. J’ai ouvert les yeux, il m’a regardée, triomphant. Il me voyait enfin. Puis un doute l’a traversé. Je lisais de l’incompréhension dans son regard.

 

Malgré moi je l’empêchais de m’atteindre, car je me rappelais m’être enfermée tant ma laideur m’horrifiait. Je ne veux pas qu’il voie « ça », je repoussais le souvenir de « ça » car il m’était insupportable.

 

Il a su que ce n’était pas assez, que ma nudité apparente n’était qu’une couverture de plus. Mon âme l’obsédait. J’ai retenu un cri quand j’ai senti ses mains déchirer ma peau, fouiller mon corps de l’intérieur. Une odeur de souffre jaillissait de ma cage thoracique écartelée, il ressortait une main recouverte de boue et de sang pour la replonger encore et encore, avec un entêtement désespéré, à la recherche de lumière.

Il a vu.

Je ne sais pas exactement quoi. Peut-être ce qu’il appelle mon âme, peut–être autre chose. Je n’en saurai jamais rien. Je sais que quand il s’est enfin résigné à me regarder dans les yeux, des larmes coulaient sur sa joue.

Il s’est lavé les mains, est sorti fumer une cigarette.

Je ne l’ai plus jamais revu.

   

18:45 Lien permanent

Commentaires

Ouf Mia c'est trop crach pour ton âge ???!!! c'est aigre et doux à la fois POURQUOI ? POURQUOI ? c'est un concentré de chagrin , c'est deux vies grattées à l'os...
ça m'emeut et me fait de la peine ...

Ecrit par : soulef | 18.06.2006

waaaaaaaaaaw !!!

Ecrit par : mejhoul | 19.06.2006

@soulef et mejhoul: :)

Ecrit par : Mia | 19.06.2006

de l'horreur qui berce finissant sur une note déchirante de silence..

Ecrit par : Troub' | 01.07.2006

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