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21.03.2006

Oral

Il y'a beaucoup trop de monde dans ma tête. Ça fait un boucan impossible. Ils pensent tous en même temps, alors je ne m'entends plus. Alors je parle. Je parle et je parle et je parle, la parole est mon havre de paix. Quand je parle je ne m'entends pas, mais je ne les entends pas non plus. Je flotte, je suis légère, libre. Quand je parle, je ne pense pas, je vis, je déguste, je ressens, j'aime, je désire, je célèbre. Je suis toutes ces choses propres à l'être humain mais qui n'ont pas besoin de la pensée. Je vibre, car je ne suis plus là pour me freiner. Je jubile, car je ne suis plus là pour me condamner. Je jouis, car je ne suis plus là pour me juger. Parler est un pur acte d?amour de moi envers moi, ma logorrhée est une frénésie masturbatoire. L'autre en face perd son identité, il est mon objet, le réceptacle de mon ego, le divin miroir qui ne reflète rien, m'offrant ce néant tant désiré dans le bordel de mon cerveau.
J'attends avec impatience le moment de ma victoire, celui où les yeux de l'autre deviennent ternes, où sa pensée s'échappe là où mon flot d'inepties ne l'encombre plus. Alors je m'abreuve encore et encore au vide de ce regard qui a fui, et je le viole à son insu. Je me l'approprie, et pendant quelques secondes, suprême ambition, je ne suis plus moi, je ne suis même plus le plaisir, mais je suis le vide de la pensée de l'autre. Et dans un moment de plénitude absolue, je n?ai plus la force de parler.
Je me tais.
La fatigue est délicieuse, presque sexuelle. Ils se sont tus, tous, et on partage ensemble une minute de paix, on fusionne. Je ne suis plus que moi. Une minute. Comme pour un défunt. Et puis tout doucement ils reviennent. Un murmure au début, qui se transforme vite en chants, hurlements, rires, pleurs, plaintes, sermons, comme avant.

Il est temps de trouver quelqu'un à qui parler.

18:19 Lien permanent

Commentaires

vivre pour oublier de penser... Noyer son esprit ds un flot de paroles
insipides mais tellemt salvatrices par leur inutilité même.
Même principe qd on sort, boit, regarde un teen movie, fait un sport, etc. Toute activité est bonne à prendre du moment qu'on n'a pas besoin de penser!

Par contre je ne pousserais pas juska parler de viol de l'absence de pensée de la personne en face. En effet il perd son identité et devient le reflet de soi. Mais du coup, sa réaction importe peu, il n'y a pas d'observation, pas de victoire. Il ne reste que le flot de paroles insipides où l'on se perd et qui lui-même forme le vide mentionné.

On fuit de la façon que l'on peut...

Ecrit par : mellie | 26.04.2006

Effectivement on fuit de la façon qu'on peut. Il est des moyens plus puissants que d'autres, et puis des moyens plus dangereux ou définitifs que d'autres, ça dépend du degré du besoin de "fuir"...Et puis on peut décider de ne pas fuir, comme ça pour changer :p

PS: coucou la plus belle ! :D

Ecrit par : Mia | 27.04.2006

haha j'aimerais bien ;)

Ecrit par : mellie | 27.04.2006

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