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21.03.2006

Le gâteau

(Toc toc toc)
Un tout petit enfant se tient devant ma porte. Je le connais, il vient tous les jours. Il a un grand sourire et des yeux immensément tristes. Je lui ouvre la porte et il porte un grand plateau trop lourd pour lui, avec dessus un grand gâteau au chocolat.

Encore toi ? Tu ne t'en lasseras jamais ? Combien de fois faudra-t-il que je te le répète ? NON. Je ne veux pas de ton cadeau. Je te le répète chaque jour, je ne veux pas de ton gâteau. Je me fous que tu l'ais fait toi-même, que tu passes tes nuits à me les préparer, ces gâteaux. Ce n'est pas simple de m'offrir un gâteau, j'en suis désolé pour toi mais c'est comme ça.
Oui je sais qu'il est bon, le parfum a envahi ma maison. Mais c'est trop simple, tu comprends ? Moi, pour que je désire un gâteau, il faut que l'odeur de chaque ingrédient me fasse saliver puis disparaisse, afin que je passe des heures et des heures à m'accrocher à son souvenir, à le faire resurgir encore et encore jusqu'à qu'il devienne insaisissable, et qu'il s?estompe. Et juste au moment où je commence à l'oublier, il faut qu'il me fasse saliver à nouveau sur l'ingrédient suivant. Alors moi je commence à brûler d'impatience de n'avoir ne serait-ce qu'une miette de ce délice qui s'est fait tant attendre. Mais il faut pas qu'on me l'amène, ah ça non. Il faut que j'aille le chercher moi-même. Le triomphe n'a de goût que si la quête est pénible. Il faut que je sorte à deux heures du matin chercher, hagard, d'où vient l'odeur. Et quand j'en identifie enfin la source je me rends compte qu'il est derrière une barrière difficile à franchir. Alors là je prends mon courage à deux mains, je creuse, j'escalade, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour l'atteindre. Et il y'a toujours ce parfum qui m'encourage à continuer, même s'il fait noir et que finalement mon gâteau risque de n'être qu'une chimère née de mon ennui. Et enfin je le vois dans le four et il est beau, magnifique, parfait. Je sais d'avance que le goûter sera la chose la plus intense qui ne me sois jamais arrivée, parce qu'elle est née de mon désir et de ma sueur pour le combler. Et je me brûle même les mains en ouvrant le four, mais je n'y fais même pas attention. Regarde ton gâteau à toi, tu étais tellement pressé de me l'offrir avant que je ne dorme qu'il est plein d'imperfections. Je me fous qu'il fonde dans la bouche. Je sais qu?il me fera du bien, ce grand gâteau au chocolat, mais je ne veux pas. Je sais que dedans tu y as caché une pièce d'amour, le vrai, celui qui construit et guérit, une fois invité. Mais il n'est pas le bienvenu chez moi. Bon d'accord, je veux bien en goûter un bout. De toutes façons tu savais que ça finirait comme ça, c'est chaque jour pareil.

Je coupe une grosse part de son gâteau, je prends une bouchée et la chaleur habituelle m'envahit. Le goût est doux et agréable, comme le chocolat chaud d'un jour de froid et de solitude. Je me sens en sécurité, en accord temporaire avec le monde. Alors j'en reprends un bout, et un autre, et je vois les yeux du petit enfant sourire, de plus en plus satisfaits. Il était simplement heureux de mon bonheur. Je vide le plat, comme d'habitude. Enfin presque, je laisse une part symbolique, car il ne faut surtout pas qu'il sache que les aime, ces gâteaux. Il faut dire que je sais ne rien laisser apparaître sur mon visage.

Bon voilà, tu es content maintenant ? Je suis désolé mais même après y avoir goûté ma réponse est la même : Non, je n'en veux pas. Je n'ai pas eu le temps de le désirer ton gâteau qu'il tapait déjà à ma porte et qu'il se jetait dans ma bouche. Alors oui c'est délicieux mais c'est tout. Une fois la sensation du goût passé je n'en ai plus envie, car ton gâteau comble ma faim au lieu d'en créer une nouvelle. Je sais pas il est peut-être trop gras. Alors prends ton plat et casse toi maintenant, j'ai autre chose à faire.

Il me fixe du regard, j'
y lis de la pitié. Alors je prends la dernière part et je lui jette à la figure avant de claquer la porte. Je ne m'inquiète pas, il reviendra demain.

18:20 Lien permanent

Commentaires

hmm, t'es bien sure que tu parle de gateau :-))) je cite

"la chose la plus intense qui ne me sois jamais arrivée"
ah hounni on est d'accord à 100% il n'y a rien mieux que cela

"née de mon désir et de ma sueur pour le combler"
facile en théorie mais très difficile en pratique surtout pour nous ;-)
"je me brûle même les mains en ouvrant le four"
c'est le moment que je préfère :-)

"Regarde ton gâteau à toi, tu étais tellement pressé de me l'offrir avant que je ne dorme qu'il est plein d'imperfections"
allah ghalib, c'est un problème de tempo koul wahid wil rythme mta3ou :-)

"Je me fous qu'il fonde dans la bouche"
hmm, ya 7alloufa ;-))

c'est le post avec l'humour le plus "orgasmique" que j'ai jamais lu :-)) bravo
mais avouer quand même que vous ne pouvez pas résister à ce petit garcon surtout s'il vous fait ces yeux tout ronds de petit chiot :-)

Ecrit par : Gattuso | 31.03.2006

Certaines choses peuvent avoir plusieurs interprétations, je préfère ne pas me prononcer ;)

Sérieux ya des trucs que j'avais même pas vus, mais j'aime bien ta façon de traduire les choses ... :)

Ecrit par : Mia | 31.03.2006

uuuuuhhhh trop faciiiiile ;-))
ayya avoue tawa tawa ou bien je ne reviendrais pas dans ton blog (bon la ça se voit que je ment parce que je ne pourrais jamais résister à la tentation :-))
aya je te laisse là car je sors du boulot, j'ai assez travaillé pour aujourd'hui (malla khidma, hassilou j'ai passé toute l'après midi dans ton blog :-))
amma inhib la vrai interprétation de ce post yizzi mil tbahniss :-)

Ecrit par : Gattuso | 31.03.2006

Si on passe un programme en crypté c'est qu'il y a des raisons de ne pas le passer en clair ;)...l'interprétation? un de ces jours promis!! :D
Tbahniss... lol j'ai mis du temps à le comprendre ce mot. Chez moi on dit tbalhiss :)

Ecrit par : Mia | 31.03.2006

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